ZéROTOUTROND

 

Dans le bonheur le zérotoutrond s'arrondit.

 



 



Bien qu'incapables de faire du mal à une mouche les zérotoutronds sont à leur façon des sauvages, des pirates, des larrons non repentants. Ils sont sans loi ni foi, sans maître ni Dieu, ils ont souvent une raquette de tennis à la main, un perroquet à l'épaule, une très nette propension à l'ironie, et pourtant sont excessivement polis par moments. Ils se soucient comme d’une guigne des opinions des uns et des autres. À vrai dire le zérotoutrond ne croit pas à l'opinion. Il ne sait pas pourquoi il pense ce qu’il pense, souvent il ne sait pas ce qu’il pense, et ça lui est égal. Il aime penser mais n’aime pas particulièrement penser QUELQUE CHOSE. Il aime le mouvement des pensées, les laisser vagabonder d’un objet à l'autre sans les arrêter à aucun, comme il aime vagabonder lui-même dans les bois et dans les villes tentaculaires (ou bien seulement de son lit jusqu'à son fauteuil).

 

Un zérotoutrond la tête en bas reste un zérotoutrond.


Hep, qui va là ?

Un zérotourond !

Ta rondeur et ta candeur t’ont trahi, zérotoutrond !

 

 

Le zérotoutrond est parfait, il a réponse a tout. Le zéro lui tient lieu de tout. 

 

Ô que c’est un doux et mol chevet, et sain, que l’ignorance et l’incuriosité, à reposer une tête bien faite !

 

Dernière minute :

Samedi 6 mars 2004, 22 h 59 : (Agence Retorse) Les ZTR corrigent : «Ce que nous voulons plutôt c'est faire sauter les trains où vont les choses et les lignes de conduites.»



Voici un DOCUMENT SONORE qui suscita un émoi inouï dans la communauté sZientifique, supputations, spéculations, digressions, controverses diverses, hypothèses, thèses et cacophoniques polémiques. Des bouches de tous les plus hauts représentants de la communauté échappèrent des paroles définitives qu'ils déclarèrent aussitôt regretter ; une voix néanmoins finit par se détacher, celle d'un savant à l'éminence et à l'autorité indiscutées : « Sans le moindre doute nous avons ici affaire à un enregistrement, unique en son genre, de deux proto-zérotoutronds conversant dans leur sommeil. C'est du moins ce que pense ma fille ». Ce à quoi un non moins éminent et tout aussi vénérable sZientifique apporta sa caution en précisant toutefois qu'il s'agissait, « plus exactement, de deux aplaplatis imitant des perroquets imitant des aplaplatis ». On ne cessa pas de spéculer pour autant. L'Académie des sZiences, quant à elle, déclara dans une déclaration solennelle qu'elle « préférerait ne pas faire la moindre déclaration sur aucun sujet ». Aussitôt un observateur fit observer qu'elle citait ainsi Bartleby : pour la bonne raison que l'un de ses membres venait de relire la nouvelle d'Herman Melville. (« Encore heureux qu'il n'ait pas relu Don Quichotte, parce qu'alors l'Académie eût déclaré la guerre aux moulins à vent ».) Mais cela ne suffit pas, rien ni personne n'y pouvait rien pour personne, l'enregistrement demeurait problématique, il continuait d'intriguer. Deux jeunes chercheurs prometteurs, au terme de très longues recherches (à ce stade toute jeunesse en eux était enfuie depuis belle lurette), après avoir fait maintes promesses qui s'avérèrent n'être que du vent (ce vent brassé par les moulins du Don Quichotte* que, par chance, nul académicien n'avait relu jadis), ces jeunes chercheurs, disions-nous, affirmèrent qu'il était « prématuré d'affirmer quoi que ce soit » avant de rentrer chacun chez soi s'occuper de sa femme qui ne les reconnut pas ; on les oublia. Mais jugez plutôt par vous-mêmes :

* Avez-vous remarqué que Don Quichotte se trouve ici désormais comme chez lui ? Don Quichotte par-ci, Don Quichotte par là, parce qu'un académicien NE L'A PAS LU : n'est-ce pas merveilleux ? De même, dans les Métamorphoses d'Ovide, lorsque Narcisse dit à Echo « Je mourrai avant d'être à toi », celle-ci n'en reprend que les derniers mots : « Etre à toi, être à toi». Ce qui est grammaticalement nié advient dans le même temps, prend corps et ce corps bientôt prend toute la place ; la négation, en se niant aussi elle-même, permet que se déploie un monde luxuriant, un monde enfin débarrassé de tout ce qui nous encombre. Rien de plus simple que la magie, en somme, et l'on se demande pourquoi il reste tant à faire !


Un zérotoutrond vaut ici une pensée ou est exactement comme une pensée que nous devrions avoir. Entre autres.

 

 



Le zérotoutrond est inutile comme la littérature, comme les bruyantes manifestations d'indignation, mais il est à peine moins élégant qu'une très vieille dame fumant des Gitane sans filtre.

 

Les zérotoutronds aiment les œuvres inachevées ainsi que les moments suspendus. Il arrive parfois, aux alentours de 00 h 00, qu'un Z. se glisse avec souplesse dans une seconde plus accueillante que les autres et qu'il s'y installe pour toujours. Personne ne pleure sa disparition.

 

 

 

On ne peut pas loger n’importe quel mot dans la tête d’un zérotoutrond. Un mot par trop vulgaire ou exagérément insipide (exemple : le mot “sympa”), s’il parvenait par accident à se faufiler jusqu’au tympan, pourrait avoir des effets funestes (dans les cas les plus graves provoquer une surdité aussi complète qu'irréversible). Mais les zérotoutronds ne veulent pas risquer d’en arriver à de telles extrémités, car ils ne veulent pas renoncer aux chansons de Robert Wyatt ou de Julien Grandjean (alias Krotz Strüder). Non plus qu’à la musique du vent dans les feuilles d’aubépine. Ils ont par conséquent dû imaginer un système très sophistiqué de filtres auditifs capables de sélectionner les mots en temps réel, filtres dont ils munissent leurs oreilles dès la naissance. Parmi ceux qui sont ainsi refoulés sans ménagements chaque fois qu’ils se présentent on trouve par exemple le mot “optimisme(même si l'issue devait être heureuse, les cadavres ne se relèveront pas), le mot “méthodologie” (quelle méthode ? pour faire quoi ?), et mille autres encore. Certains sont au contraire les bienvenus : le mot “errer” fait partie de ceux-là, tout comme le mot “Henrimichaux”. Quant à leurs vocables favoris, ils peuvent être littéralement aspirés depuis une distance de cinq lieues environ. “Chagrin” et “ravissement” appartiennent à cette dernière catégorie. “Hélas et hourraégalement.

Je ne fais pas grand-chose contre le démon : j'écris et, levant les yeux parfois de ma page, je vois la lune avant qu'il fasse clair.

 

Sa langue rencontra quelque chose de dur. J'ai la fève, s'écria le zérotoutrond naïvement c'était l'hameçon.

 

Caresse

ZéROTOUTROND